mercredi 23 juin 2010

La révolte des Bilourettes... épisode 3 (fin)

Ah ! on peut dire que les exhortations enflammées de Marlène avaient fait leur chemin petit à petit dans l'esprit de ces pauvres femmes, tellement habituées à la soumission ; leurs mères et grand-mères les avaient depuis toujours éduquées avec le principe que c'était génétique... dans l'ordre des choses... qu'elles-mêmes n'avaient jamais envisagé de se soustraire à cet état de fait qui perdurait depuis des générations, laissant aux hommes, ces goujats, la part belle.

Le soir, dans le lit conjugal, le dos tourné à leurs maris, elles ressassaient encore et encore les paroles de Marlène et essayaient d'imaginer comment sortir de cette impasse misérable....

Et c'est lors d'une rencontre du F.L.F.O.B., au lavoir, que l'idée jaillit brusquement... Tout en assenant des coups vigoureux avec sa batte sur la culotte de son fripon de mari, Véro se lamentait : "j'en ai marre, j'en ai marre ! il va me mettre à bout... déjà que je supporte tous les soirs ses fausses notes à l'harmonica quand il joue "La Java Bleue"... et puis.... et puis.... elle sanglotait en même temps.... et puis, il râle toujours, il n'est jamais content.... je vous le dis, les filles, il me met à bout !"

"Il me met à bout.... il me met à bout....", c'est Marlène qui venait de reprendre cette litanie... "il me met à bout... mais ça y'est les filles, je l'ai notre vengeance ! Yaooooouuuuuu, j'ai trouvé la solution !"

Laissant tomber leur linge, toutes s'approchèrent, formant un cercle autour de Marlène qui, en chuchotant prudemment, de peur d'oreilles indiscrètes et malfaisantes, leur exposa à quoi elle venait de penser. C'est un hourra unanime qui parcourut cette assistance en jupons, excitées comme des puces elles eurent du mal à reprendre leur lessive, mais le plan infernal était enclanché... il ne restait plus qu'à passer à l'attaque !

En rentrant dans leurs logis, tant bien que mal elles s'activèrent aux tâches quotidiennes, un petit sourire de satisfaction sur les lèvres en tendant le repas à ces pignoufs qui allaient bien voir de quel bois elles se chauffaient !

Le vin aidant, leurs rustauds de maris s'avachirent sur le lit et on entendit bientôt dans tout le village un concert de ronflements.

Seules les chouettes, cette nuit-là, furent témoin d'un drôle de spectacle : en file indienne, des femmes chaudement emmitouflées dans des châles de laine, les bras chargés de cordes, prirent le chemin de la petite cale et embarquèrent sur les annexes laissées à quai ; bravement, mais avec l'énergie décuplée par le résultat espéré qui leur souriait déjà dans le coeur, elles ramèrent en direction des barques de leurs maris.

Petit à petit, telles des abeilles bourdonnantes, elles firent leur travail chacune de leur côté, des rires étouffés fusaient de temps en temps, faisant lever la tête de l'eau à quelques mulets de passage...

Leur labeur de fourmi achevé, elles revinrent à la cale, s'embrassèrent chaleureusement et, le coeur en joie, retournèrent dans leurs couches respectives où personne n'avait remarqué leur absence.

... En ce matin du 31 août, les hommes sortirent du lit de bonne heure pour aller récupérer les filets laissés au large de Hur, la veille au soir. Le jour n'était pas encore complètement levé mais, déjà, un grand vent soufflait. Les yeux encore collés par le lourd sommeil de la nuit, les vapeurs d'alcool pas totalement dissipées - autant le dire ! - ils montèrent dans les annexes et ramèrent mollement vers les barques arrimées plus loin....

La stupéfaction les cloua d'abord sur place ! Dans un bel ensemble ils arrêtèrent de ramer net, arrivés à quelques mètres des barques. Un silence troublant s'instaura quelques secondes puis des cris, des hurlements retentirent devant le spectacle de désolation qui les attendait.

Les barques avaient été arrimées soigneusement, bout à bout, reliées très court entre-elles à l'aide de cordes épaisses, laissant quasiment peu de possibilités de se frayer un passage pour en sortir. Chacun de leur côté, les hommes tentèrent de dénouer les cordes puis ils se concentrèrent  à sortir des filières si peu larges que le vent par lui seul rendait la tâche encore plus difficile. Ils manoeuvraient tant bien que mal, mais le vent les ramenaient sans cesse les uns vers les autres, les barques s'entrechoquaient, les jurons fusaient.

"Mille milliards de mille millions de mille sabords de tonnerre de Brest ! Bande d'ectoplasmes crétins ! Que le satané bachibouzouk qui a osé faire ça nous présente sa face de babouin, j'en fais de la poudre pour donner à manger aux congres, bordel de.... !"

Le chapelet de jurons que venait de lancer Patrice La Pipe s'éteignit, couvert par des chants venant de la cale. Interloqués, les hommes levèrent la tête et aperçurent, dans la lumière du jour naissant, leurs femmes, toutes enlacées... ils entendirent alors ces paroles joyeuses :

Au trente-et-un du mois d’Août,
Au trente-et-un du mois d’Août,

On vit venir, sous l’vent à nous,
On vit venir, sous l’vent à nous,

Une capote d’Angleterre,
Qui fendait la mer et les flots
Comme un joli petit bateau.

Tirons un coup, tirons en deux,
A la santé des Bilourettes !
A la santé des Bilourettes!

Et merde pour le roi d’Angleterre,
Qui n'tire son coup que par derrière !

Penauds, les hommes remontèrent à la cale sans avoir réussi à sortir les barques, sous les rires moqueurs et les quolibets de leurs femmes, hilares. Ils ne purent faire autrement que de passer devant le panneau, à l'entrée de du village, où elles avaient placardé leur manifeste :

Vive le FLBOB !
Vive les Bilourettes !
Fini l'esclavagisme,
A nous la liberté !

Et voilà ! C'est ce jour-là qu'est né l'embossage, cette pratique d'amarrage qui allait perdurer au fil des années et donnerait bien du fil à retordre à nos marins d'eau douce deux siècles plus tard !

Mais de ce jour aussi, les Bilourettes avaient réussi à se faire respecter, la paix et l'amour étaient revenus dans les foyers.... pour combien de temps ? Seule l'histoire nous le dira.......

3 commentaires:

Anonyme a dit…

merci
bisous
catherine et christian

Marlene a dit…

Zuviel der Ehre für eine aufrechte Amazone *m*

Christian a dit…

Trés bien la fin de l'esclavagisme Bilourienne, mais tu ne dis pas que le midi, il n'y avaient ni étrilles, ni bar(S), ni dorades royales à ce mettre sous la dent et résignées les Bilouriennes s'en sont allées à pied quetter le repas du midi au petit marché d'Arzon pendant que les gars prennaient tous l'apéro à la p'tite cale...Ha ha ha Tel est pris qui croyait prendre
Christian...